Ciné Monde
Fiche IMDb +972 Magazine par Yuval Abraham et Rachel Szor Notre nouveau film montre, à travers les témoignages des responsables, comment le massacre de civils palestiniens par Israël était un acte calculé et intentionnel. Au cours des trois dernières années, nous avons mené des entretiens nocturnes sur les toits de Tel-Aviv avec 24 soldats israéliens…
Fiche IMDb +972 Magazine par Yuval Abraham et Rachel Szor Notre nouveau film montre, à travers les témoignages des responsables, comment le massacre de civils palestiniens par Israël était un acte calculé et intentionnel. Au cours des trois dernières années, nous avons mené des entretiens nocturnes sur les toits de Tel-Aviv avec 24 soldats israéliens ayant joué un rôle actif dans l’offensive israélienne contre Gaza. La plupart d’entre eux étaient des officiers du renseignement, travaillant derrière des écrans et participant à distance au massacre de Palestiniens. Leurs témoignages constituent la base de Naza, un nouveau documentaire que nous avons réalisé – produit par The Guardian et James Wilson, avec Jonathan Glazer comme producteur exécutif – et dont la première aura lieu ce soir lors du 83e Festival international du film de Venise. Nous avons interrogé ces soldats non pas parce que c’était le seul moyen de savoir ce qu’Israël a fait à Gaza. Quiconque a vu les ravages causés dans la bande de Gaza, écouté les habitants de Gaza ou simplement pris les dirigeants israéliens au mot aurait dû reconnaître cette vérité il y a des années. Nous avons réalisé ce film pour une raison simple : nous avons compris que les témoignages des officiers et des soldats de l’armée qui a anéanti Gaza – ceux qui ont mené la surveillance, qui ont calculé combien d’innocents risquaient d’être tués dans chaque maison, et qui ont à maintes reprises donné le feu vert pour bombarder des familles entières – rendraient encore plus difficile de nier ces crimes. Et ce déni fait partie de ce qui permet à ces crimes de se poursuivre jusqu’à aujourd’hui. Ce film traite d’un système. Il se concentre sur les ordres, les politiques et les modes opératoires, et non sur les écarts par rapport à ceux-ci. La conclusion que nous tirons de ces témoignages est claire : le massacre de civils palestiniens à Gaza n’était pas un “effet secondaire tragique” d’une guerre contre le Hamas, comme on le présente couramment en Israël, mais un acte prémédité, calculé et intentionnel. C’est pourquoi une commission des Nations unies, les principales organisations de défense des droits de l’homme au monde, ainsi que des universitaires palestiniens, israéliens et internationaux l’ont qualifié de génocide. Le titre du film, Naza, acronyme hébreu signifiant “dommages collatéraux”, est une critique de la manière dont Israël présente ses attaques meurtrières contre des civils – en passant sous silence à la fois le fait qu’il connaît à l’avance le nombre de personnes susceptibles d’être tuées lors de chaque frappe, et l’intention de destruction qui a accompagné la campagne militaire depuis le début. L’un des officiers que nous avons interrogés décrit comment il avait pleinement conscience, en temps réel, de centaines de cas où des familles vaquaient à leurs occupations quotidiennes – un homme parlant à sa femme, le son d’une émission de télévision, une prière, un bébé qui pleure – et comment il a ensuite donné l’autorisation de les bombarder. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi, il a expliqué : “Vous comprenez bien que l’objectif est de détruire.” Vu sous cet angle, la présence d’une personne qu’Israël considère comme une cible d’assassinat dans une maison donnée devient une question “accessoire” ; en effet, dans de nombreux cas, il s’est avéré que la cible n’était pas présente du tout. Le but était le meurtre en soi. Un regard dans les ténèbres Les soldats qui apparaissent dans le film ont tous accepté de s’exprimer à condition que leur identité soit soigneusement dissimulée, par crainte que Israël ne se venge d’eux pour avoir révélé des informations accablantes. Certains de leurs témoignages étaient si pressants et horribles que nous les avons publiés presque immédiatement dans une série de reportages d’investigation pour +972 Magazine, Local Call et The Guardian. La plupart des soldats que nous avons interrogés appartiennent à ce qu’on appelle communément l’élite socio-économique israélienne et ont principalement servi dans des unités de renseignement prestigieuses. Certains ont clairement reconnu avoir participé à des crimes graves et espéraient que le fait de s’exprimer aiderait à briser le mur du déni et de la justification, et obligerait l’opinion publique israélienne à prendre conscience de ce que l’armée avait été envoyée faire en son nom. D’autres n’ont accepté de s’exprimer qu’après des mois de réflexion – que ce soit par culpabilité, par honte, ou même par fierté de ce qu’ils considéraient comme leurs accomplissements professionnels. Notre film ne s’attarde pas sur leurs motivations, ce qui était un choix délibéré. Il s’intéresse principalement aux meurtres eux-mêmes et à ce qui les rend possibles. Passer trop de temps sur les sentiments moraux et politiques de nos sources risquerait de détourner l’attention des victimes, ce que nous ne souhaitions pas. Accorder l’anonymat à des personnes qui, de leur propre aveu, ont pris part à des crimes horribles n’est pas une décision que nous prenons à la légère. Mais compte tenu de la poursuite de ces crimes, nous avons estimé qu’il était de notre devoir de rendre leurs témoignages publics, dans l’espoir que cela puisse contribuer aux efforts visant à mettre fin à ces exactions. Les témoignages des soldats mettent également en cause un système bien plus vaste, dont la responsabilité ultime incombe aux plus hautes sphères du pouvoir politique et militaire israélien. Nous espérons que ce film contribuera à ce qu’Israël rende des comptes pour ses crimes graves et à ce que justice soit rendue à ses victimes. Mais le film n’est pas seulement un recueil de témoignages de soldats. Nous avons également tourné notre objectif vers Tel-Aviv et ses habitants la nuit, interrogeant la ville en tant que bulle dans laquelle la vie quotidienne se poursuit alors que des Palestiniens sont massacrés à seulement 60 kilomètres de là. À travers notre regard sur la ville d’où est dirigée la guerre contre Gaza, nous avons tenté d’observer les mécanismes de conformité qui permettent une telle indifférence généralisée. Ce faisant, nous nous sommes retrouvés à poser les mêmes questions que celles que se posait la génération de nos grands-parents – des questions que les gens du monde entier se sont posées après avoir pris connaissance d’atrocités et de génocides commis ailleurs : comment un groupe d’êtres humains peut-il consentir à la déshumanisation totale d’un autre groupe ? Et à quoi ressemble un système génocidaire vu de l’intérieur ? Dans les années à venir – peut-être dans une ère post-Netanyahu, si une telle ère venait à voir le jour -, une partie du camp libéral israélien pourrait chercher à se distancier des crimes commis à Gaza et à les imputer au gouvernement d’extrême droite. Certes, ce gouvernement porte la responsabilité principale du massacre de plus de 73 000 personnes, pour la plupart des civils, à la suite des massacres criminels perpétrés par le Hamas le 7 octobre. Pourtant, une part importante de ces meurtres a été commise par des soldats issus du cœur même du camp libéral israélien : des officiers des services de renseignement et de l’armée de l’air servant dans les unités les plus prestigieuses de l’armée. Les pilotes de l’armée de l’air pourraient prétendre qu’ils ne faisaient que suivre les ordres – qu’ils ont reçu un ensemble de coordonnées, largué la bombe et sont rentrés chez eux sans savoir ce qu’ils avaient touché. Les soldats d’infanterie se défendront en affirmant qu’ils ne savaient pas toujours qui ils touchaient, en partie à cause du brouillard de la guerre. Aussi contestables que puissent être ces arguments, on ne peut nier ce que savaient les agents des services de renseignement. Ils ont vu de leurs propres yeux et entendu de leurs propres oreilles que les maisons qu’ils “incriminaient” étaient remplies de familles. Ils savaient que les vastes “autorisations Naza” n’étaient pas liées à des cibles présentant une quelconque valeur militaire significative. Et pourtant, ils ont joué leur rôle dans cette machine de mort sans pratiquement aucun acte de refus ou de résistance. Le film montre à quoi ressemble un système meurtrier lorsqu’il repose sur l’idée selon laquelle “il n’y a pas d’innocents à Gaza” – ou, pour reprendre la terminologie des services de renseignement, “il n’y a pas de Naza à Gaza”. À ce titre, le film risque fort de mettre à mal les négationnistes, ceux qui sèment le doute et ceux qui se sentent encore à l’aise dans cette zone d’ombre, entre savoir et ignorer ce qui se passe à 60 kilomètres au sud de Tel-Aviv. Le film sera présenté en avant-première ce soir à Venise et arrivera bientôt à New York avant d’être distribué dans le monde entier. Mais il s’adresse aussi à la société israélienne elle-même. Il a été entièrement tourné de nuit, reflétant ainsi les ténèbres profondes dans lesquelles il a été créé et au sein desquelles nous vivons. Or, sans un bilan honnête de ce qui s’est passé dans l’obscurité, aucun d’entre nous ne pourra voir la lumière. Source : Association France Palestine Solidarité, 10/09/2026. Lire : • L’intelligence artificielle dans la guerre israélienne à Gaza, Cultures & conflits, 26/11/2025. • Conférence de presse sur le documentaire Naza au Festival du film de Venise, YouTube, 10/09/2026. • Naza, le carnage de Gaza raconté par ceux qui le font, Mediapart, 11/09/2026 [Partage en ligne]. • Tsahal rejette les témoignages d’un documentaire israélien évoquant des meurtres commis à l’aide de l’IA à Gaza, The Times of Israël, 12/09/2026. • Edward W. SAID, Israël, Palestine – L’égalité ou rien, 1999 [Palestine en Question]. • Revue de presse Palestine en Question (avec liens partagés). • Dossier documentaire PALESTINE colonisée depuis 1948 (avec liens partagés). Conférence de presse sur le documentaire Naza Lire aussi : • Livres & Revues : Ciné Monde – Chine en Question – Monde en Question – Mundo en Cuestión – Palestine en Question . • Dossiers documentaires : Classés par date – Chine en Question – Monde en Question – Monde en Question (2004-2019) – Palestine en Question. • Revues de presse, Ciné Monde. Partager : Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X J’aime Chargement… Similaire